Article
Les lieux dans les romans d’Arsène Lupin

Roman

« C’est le plus grand des voleurs, oui mais c’est un gentleman ».

Jacques Dutronc

Arsène Lupin est le cambrioleur le plus célèbre de la littérature française. Né sous la plume de Maurice Leblanc, il a vécu de nombreuses aventures le menant de Paris à étretat. Suivez les pas de ce personnage de romans policiers à travers 10 lieux emblématiques de la saga.

Arsène Lupin, de l’art du déguisement

Si le générique de la série télévisée interprétée par Jacques Dutronc est restée dans toutes les mémoires, Arsène Lupin est avant tout un personnage de roman. Né en juillet 1905 dans les pages du magazine Je sais tout sous la plume de Maurice Leblanc, le gentleman-cambrioleur fut à l’affiche de 18 romans, 39 nouvelles et cinq pièces de théâtre. Le succès immédiat et le plébiscite des lecteurs incitèrent son créateur à écrire de nombreuses histoires jusqu’à sa mort en 1941.

Détective, soldat, policier ou cambrioleur, Arsène Lupin est un sportif de haut niveau et un grand combattant. Mais il est surtout resté célèbre pour son art du déguisement, lui permettant de multiples forfaits. Les intrigues des récit de ce personnage populaire se déroulent à La Belle époque et l’emmenèrent de Paris à étretat, un lieu devenu mythique grâce à lui.

Etretat – L’aiguille creuse (1909)

L’Aiguille d’Etretat, 76790 Etretat

 » Ce qui est plus triste encore, c’est cela, tout cela qu’il me faut abandonner. Est-ce beau ? La mer immense… le ciel… à droite et à gauche les falaises d’étretat, avec leurs trois portes, la porte d’amont, la porte d’Aval, la Manneporte… autant d’arcs de triomphe pour le maître… Et le maître, c’était moi. Roi de l’Aiguille creuse ! Royaume étrange et surnaturel ! « 

C’est le lieu le plus important de la saga. Il est le repaire d’Arsène Lupin. Dans l’Aiguille d’Etretat, se trouverait le trésor des rois de France. Perles, diamants, saphirs et autres rubis des souveraines sont entreposés en face de la Porte d’Aval. Le cambrioleur aurait eu vent de ce secret très bien gardé depuis des siècles.
Si aujourd’hui les lieux sont toujours arpentés par des lupinophiles – amateurs du personnage – l’Aiguille n’est pas du tout creuse comme l’indique le titre de l’ouvrage. Et bien sûr, contrairement au roman, on ne peut y pénétrer par le trou numéro 10 du golf d’Etretat, l’entrée secrète du repaire. Dans la réalité, des plongeurs sous-marins ont tenté de trouver l’accès. En vain. Né à Rouen en 1864, Maurice Leblanc aimait plus que tout au monde le lieu et ses environs. A vélo, à pied ou à bord de sa Panhard, il cheminait à travers ce pays de Caux qu’il chérissait. Il était donc logique qu’il y fasse venir Arsène Lupin.

Appartement d’Arsène Lupin

8 rue Crevaux, 75016 Paris

« Dès huit heures, douze voitures de déménagement encombrent la rue Crevaux, entre l’avenue du Bois de Boulogne et l’avenue Bugeaud. M. Félix Davey quittait l’appartement qu’il occupait au quatrième étage du n°8 […] Félix Davey fit un premier tour […] et inscrivit, ainsi que l’on fait sur une plaque commémorative : Ici habita, durant cinq années, au début du XXe siècle Arsène Lupin, gentilhomme-cambrioleur. »

Cet immeuble ne fut pas choisi par hasard par Maurice Leblanc. Le romancier a habité au cinquième étage de ce bâtiment entre 1906 et 1911. Aujourd’hui, il abrite l’ambassade du Honduras en France.

La Comtesse de Cagliostro (1924)

Abbaye de Jumièges, 24 Rue Guillaume le Conquérant, 76480 Jumièges

« En approchant de Jumièges, il avisa un falot qui se balançait devant lui et perçut le bruit aigre d’une sonnette (…) C’était le curé de Jumièges qui, accompagné d’un enfant, s’en revenait d’administrer l’extrême-onction. Raoul fit route avec lui, s’enquit d’une auberge, et, au cours de la conversation, se donnant pour un amateur d’archéologie, parla d’une pierre bizarre qu’on lui avait indiquée. « Le dolmen de la Reine… quelque chose comme ça… m’a-t-on dit. Il est impossible que vous ne connaissiez pas cette curiosité, monsieur l’abbé ? »

Le roman écrit en 1924 revient sur les premiers moments de la vie d’Arsène Lupin. Le gentleman est alors amoureux de Clarisse d’étigues mais est aussi très troublé par Joséphine de la Pagerie, comtesse de Cagliostro. Née en 1788, elle aurait alors 106 ans lorsque Lupin la sauve d’un assassinat. Ses traits sont pourtant surprenants : elle paraîtrait avoir 30 ans.

Le cadre de l’intrigue se déroule à Jumièges et plus particulièrement dans cette abbaye composée d’une église abbatiale, de l’église Saint-Pierre, d’une salle capitulaire, d’un grand cellier occidental, de caves, de souterrains, d’escaliers et d’un potager. Fondée en 654 par saint Philibert, il ne reste que les murs porteurs de cette église romane. Très graphique, sans toit et ouverte aux quatre vents, elle fut classée aux titres de monuments historiques en 1921. Maurice Leblanc n’a pas choisi ce lieu par hasard. Son oncle, Charles Brohy était le propriétaire de l’actuel bureau de poste de la ville, situé en face de l’abbatiale. Entre 1893 et 1894, le romancier écrivit une série de « Contes essentiels » sous le pseudonyme de L’abbé de Jumièges lors de ses différents séjours.

La femme aux deux sourires (1933)

Le château de Tancarville, 76430 Tancarville

« Voici les faits : M. et Mme de Jouvelle et les invités qu’ils recevaient dans leur château de Volnic en Auvergne – un vaste manoir à tourelles, couvert de tuiles rousses – avaient assisté à un concert donné à Vichy par l’admirable chanteuse Élisabeth Hornain. »

Arsène Lupin est sur une piste de vol. Il est très intéressé par l’héritage du grand-père de la famille Erlemont, jusqu’ici introuvable. Il doit faire vite s’il veut récupérer le magot parce que le clan du défunt a mis sur l’affaire, une agence de renseignements.

Pour le château de Volnic, fictif, Maurice Leblanc s’est inspiré de celui de Tancarville. édifice du XIe siècle, cette forteresse médiévale fut agrandie avec la construction d’une nouvelle partie en 1709. Aujourd’hui transformée en appartements de luxe, elle est indissociable de la famille Leblanc. Jehanne, la soeur de Maurice, la loua avec son compagnon Fernand Prat entre 1910 et 1939. Le romancier y écrivit Le bouchon de cristal dans sa tour de l’Aigle datant du XVe siècle. Il s’en inspira aussi pour d’autres châteaux présents dans le canon lupinien : Mortepierre dans Les dents du tigre ou celui de la Haye d’Etigues dans La comtesse de Cagliostro.

La demeure mystérieuse (1929)

Opéra Garnier, Place de l’opéra, 75009 Paris

« L’idée, charmante, avait reçu le meilleur accueil dans ce Paris généreux qui associe volontiers ses plaisirs à des manifestations charitables. Il s’agissait de présenter sur la scène de l’Opéra, entre deux ballets, vingt jolies femmes, artistes ou mondaines, habillées par les plus grands couturiers. »

Chanteuse à l’opéra, Régine Aubry, est enlevée. On lui subtilise alors son corselet de diamants. Puis, elle est relâchée. Le baron d’Enneris, alias Arsène Lupin, décide alors d’enquêter sur l’affaire.

Le roman est prépublié dans le quotidien Le Journal sous la forme de 37 feuilletons entre le 25 juin et le 31 juillet 1928. Sa version papier paraît l’année suivante aux éditions Pierre Lafitte. Théâtre national inauguré en 1875, l’opéra Garnier dispose d’une salle pouvant accueillir 1979 spectateurs. L’architecte Charles Garnier proposa un bâtiment très éclectique, inspiré par plusieurs courants artistiques avec en premier lieu, l’art baroque.

Le mystérieux voyageur (1907)

Tunnel de la côte Sainte-Catherine, 76240 Bonsecours

« Allait-il se jeter sur la voie ? À cette vitesse, c’eût été la mort certaine. On s’engouffra dans le tunnel percé sous la côte Sainte-Catherine. L’homme entrouvrit la portière et, du pied, tâta la première marche. Quelle folie ! »

Guillaume Berlet, alias Arsène Lupin est à bord du train Paris-Rouen. Pierre Onfrey, un mystérieux voyageur le bâillonne et lui vole ses papiers ainsi que son argent. La police est persuadée que le voleur est Arsène Lupin. Le gentleman-cambrioleur réussit à se défaire de ses liens dans la côte de ce tunnel.

D’une longueur de 1056 m, cet ouvrage est aussi appelé tunnel de Bonsecours. Son entrée se situe sur cette commune et sa sortie sur celle de Rouen. Aujourd’hui utilisé sur la ligne Sotteville-lès-Rouen et Mont Gargan, il fut le théâtre de deux gros accidents. Le premier, le 28 juillet 1955, bouchant sa galerie, le tunnel ne fut rouvert que l’année suivante. Le second s’est déroulé le 20 août 1969 lorsqu’un train dérailla. Le courage du mécanicien fut important pour éviter une catastrophe. Il n’y eut que treize blessés.

Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur (1907)

37 rue de Berri, 75008 Paris

« Cette carte portait : Georges Andermatt, 37, rue de Berri. »

La police a été appelée après la découverte d’un corps. Deux agents soulèvent alors le cadavre et découvrent dans la main gauche du défunt, une carte de visite froissée portant cette adresse.

Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur constitue les premières aventures d’Arsène Lupin. Composé de neuf nouvelles, toutes les histoires de ce recueil furent prépubliées dans le journal Je sais tout. D’une longueur de 548 m et d’une largeur de 12m, la rue de Berri fut créée vers 1778 et pris ce nom seulement en 1852. Au numéro 16 de l’artère se dresse l’hôtel California, tandis que le 35 abrite celui des Champs-Elysées Plaza.

Le dernier amour d’Arsène Lupin (1936)

L’ambassade d’Italie, 51 Rue de Varenne, 75007 Paris

« Au mois de décembre 1921, un grand bal fut donné à l’ambassade d’Italie ; quelques réceptions restreintes y avaient déjà marqué la reprise de la vie à Paris, mais cette soirée officielle était la première qui eut lieu depuis les événements de 1914-1918. »

L’ambassadeur et l’ambassadrice organisent une soirée dans leur demeure. Le couple accueille au pied de l’escalier d’honneur tous les convives. Arrive alors mademoiselle de Lerne, vêtue simplement et n’arborant aucun bijou.

Vraisemblablement écrite en 1936, cette histoire ne fut découverte que bien plus tard par Florence Boespflug-Leblanc, la petite-fille de l’écrivain. Elle la trouva par chance :  » en haut d’un placard, dans une chemise beige aux crochets rouillés  » en 2011. Elle fut alors publiée l’année suivante aux éditions Balland. Selon l’essayiste Jacques Derouard, Maurice Leblanc aurait travaillé sur le manuscrit peu de temps avant sa congestion cérébrale. Il l’aurait ensuite corrigé l’année suivante, en 1937, « d’une main très tremblée ».

Herlock Sholmès arrive trop tard (1907)

Château de Thibermesnil, 76760 Yerville

« La boutade fut accueillie par une rire général. Il y avait là, dans la grande salle à manger du château de Thibermesnil, outre Velmont : l’abbé Gélis, curé du village, et une douzaine d’officiers dont les régiments manoeuvraient aux environs et qui avaient répondu à l’invitation du banquier Georges Devanne et de sa mère. »

Horace Velmont ressemblerait comme deux gouttes d’eau à Arsène Lupin selon Georges Devanne. Plutôt vexé par la remarque, l’homme réussit une pirouette faisant rire toute l’assemblée. Il faut souligner que le cambrioleur fut aperçu dans les parages du château peu de temps avant.

Cet édifice n’existe plus aujourd’hui. Mais des cartes postales et des photographies attestent de sa présence pendant quelques siècles. Il semblerait que le château était déjà en ruines du temps de Maurice Leblanc.

L’Ile aux 30 cercueils (1919)

Ile de Sercq, Guernesey

« Enfin, un matin, ayant erré parmi les groupes de roches à demi submergées qui entrecoupent la plage, et sur la falaise basse recouverte d’arbres et de taillis qui l’encadre, elle découvrit, entre deux chênes dénudés, un abri de terre et de branches qui avait dû servir à des douaniers. Un petit menhir se dressait à l’entrée. Sur ce menhir, il y avait l’inscription, suivie du numéro 17. Aucune flèche. En-dessous, un simple point. Voilà tout… »

En 1902, Véronique d’Hergemont enquête sur la mort de son père et de son fils. Arsène Lupin apparaît dans ce roman lorsque le dossier est déjà bien avancé par la jeune femme.

L’intrigue se déroule essentiellement sur l’île de Sarek. Bien que fictive, elle serait située au large de l’archipel des Glénan. Maurice Leblanc se serait inspiré de celle de Sercq à Guernesey. En effet, en anglais, cette île se nomme Sark. Appartenant à la couronne britannique, elle mesure 5,5 km2 et abrite 550 habitants. Lors de son exil, Victor Hugo y écrivit d’ailleurs plusieurs poèmes.

La demoiselle aux yeux verts (1927)

Boulevard Haussmann, Paris VIIIe et IXe

« Rue Auber, deux gamins se battant, elle les saisit au collet et les envoya rouler à dix pas. Puis elle leur jeta deux pièces d’or. Boulevard Haussmann, elle entra dans une pâtisserie et Raoul vit de loin qu’elle s’asseyait devant une table. Le monsieur qui la suivait n’en- trant pas, il y pénétra et prit place de façon qu’elle ne pût le remarquer. Elle se commanda du thé et quatre toasts qu’elle dévora avec des dents qui étaient magnifiques. »

Dans Paris, Arsène Lupin décide de suivre un homme filant une touriste anglaise. Cette dernière se trouve alors dans une pâtisserie du boulevard Haussmann.

Si Maurice Leblanc n’indique pas l’adresse exacte de cette pâtisserie, il fait déguster deux fois quatre toasts et du thé à la jeune femme. Elle est aussi interpellée avec force par un homme devant la boutique. Traversant les 8e et 9e arrondissements de la capitale, cette artère de 2530 m abrite de nombreux sièges de banques mais également des grands magasins. Marcel Proust s’installa au n°102 à la mort de ses parents. Il y écrivit notamment à la recherche du temps perdu.

Les lieux dans le canon lupin sont nombreux, se partageant entre Paris et le pays de Caux. Nous pouvons aussi situer le port Lupin, un endroit fictif inspiré de La Neuvillette dans l’Aisne. Aujourd’hui, il abrite des chambres d’hôtes.


Par Anthony Thibault

mercredi 15 juillet 2020

Le conseil d'achat Fantrippers

Cultes! musique : 100 lieux mythiques de musique

Embarquez immédiatement pour un exaltant tour du monde en compagnie des quelques-uns des groupes et artistes les plus emblématiques de la musique !

Direction Melbourne en Australie pour une balade au fil de la AC/DC Lane avant de traverser l’iconique passage piéton d’Abbey Road en compagnie des Beatles. Visitez la maison de Janis Joplin à San Francisco et découvrez comment Johnny Cash s’est retrouvé à jouer ses plus grands hits devant une foule de prisonniers à San Quentin. Parcourez les routes sinueuses de Laurel Canyon à Los Angeles avec Crosby, Stills, Nash & Young et faites étape au Japon pour y retrouver Deep PurplePhil Collins et Daft Punk. Roulez à tombeau ouvert sur la Tina Turner Highway avant de pénétrer dans les studios les plus légendaires de l’histoire de la musique. Revenez aux origines troubles de Billie Holiday et pactisez avec Robert Johnson au célèbre crossroad à Clarksdale, dans le Mississippi. Embarquez immédiatement pour un exaltant tour du monde en compagnie des quelques-uns des groupes et artistes les plus emblématiques de la musique ! Revivez le concert de Jimi Hendrix sur l’île de Wight avant de rendre hommage à Bob Marley en Jamaïque.

Réalisé par une équipe de spécialistes de pop-culture et agrémenté par de nombreuses anecdotes, Cultes! musique raconte les secrets des lieux ayant fait l’histoire de la musique.

L'avis de Fantrippers
Qualité du contenu

Intérêt pour les fans

Rapport qualité/prix

Discutons de cet article

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires